Entretien avec Laurent Bouvet

Nous commençons ici  la première d’une série d’entretiens avec des grandes personnalités de l’enseignement supérieur et de la recherche que nous ferons partager à tous à travers nos bulletins de tendance. Ces entretiens sont à la fois l’occasion de nous informer à la source mais également de créer un débat avec tous les camarades.

Laurent Bouvet est professeur de science politique à l’Université de Nice Sophia-Antipolis, il enseigne également à Sciences Po Paris. Il a été rédacteur du manifeste des refondateurs de l’Université lors du mouvement des enseignants-chercheurs du printemps dernier.

Il a par ailleurs été membre de l’UNEF Sciences Po de 1988 à 1990, membre du Parti Socialiste de 1998-2007.Il est actuellement directeur de l’observatoire de la social-démocratie à la Fondation Jean Jaurès.

« Où en sommes-nous de l’agenda gouvernemental de réforme de l’enseignement supérieur et de la recherche ? »

Nous sommes clairement dans une période de basse intensité par rapport à l’année universitaire dernière. Au printemps dernier, nous étions en pleine contestation de la LRU. Aujourd’hui, l’essentiel de l’agenda est constitué par l’extension de l’application de cette dernière. Le Grand Emprunt reste une question mystérieuse et le plan campus semble être relégué au second plan.

Cette période calme ne devrait pas se démentir avant l’élection présidentielle car la Ministre affaiblie. Toutefois, il existe des problèmes de constitutionnalité sur certains points d’application de la LRU, et nous restons vigilant par rapport à ces recours.

Quoi qu’il en soit, les problématiques restent les mêmes.

Face à la centralisation des moyens de gouvernance de l’université due à la LRU, les universitaires se battent localement pour limiter les pouvoirs des présidents. Le fait est que les rectorats et Ministère gardent la haute main financière sur l’Université. La LRU combine aujourd’hui les pires inconvénients du système managérial et du système bureaucratique.

« Quelles alternatives de gauche aux réformes du gouvernement ? »

Quels contre-projets pour la gauche ? Aujourd’hui, on ne voit rien de convaincant. Doit-on abroger l’autonomie ? Rééquilibrer ou continuer avec les pôles d’excellence ? Il y a deux, trois grands chantiers essentiels. Il faut selon moi poursuivre l’autonomisation des universités mais pas dans le sens qu’implique la LRU. Il faut une gouvernance autonome par rapport au Ministère, avec des contre-pouvoirs démocratiques au sein de l’université qui permettent à ses acteurs de se prononcer sur toutes les orientations et notamment la recherche. Je suis pour garder l’idée de l’autonomie en la faisant passer de Bonaparte à Montesquieu, pour ainsi dire. La LRU telle qu’elle a été conçue est issue du « new management » des années1960 où des grands planificateurs s’attachent à prévoir tous les outils de l’autonomie, du logiciel de gestion budgétaire

« Vous vous prononcez pour une autonomie à la Montesquieu. Quel serait le rôle de l’Etat dans ce cadre ? »

L’Etat doit garantir un financement pérenne qui permette de développer les programmes de recherche et de réformes pédagogiques dans le temps en évitant les logiques d’immédiateté. La puissance publique seule peut assumer ce genre investissement qui s’extraie du calcul coût/avantage. Il s’avère également que seul l’Etat peut financer des programmes non ciblés en matière de recherche. C’est-à-dire de la recherche fondamentale, qui ne soit pas de la recherche par programme, appliquée.

Malheureusement, l’Etat  bascule aujourd’hui de plus en plus de crédits dévolus à la recherche fondamentale sur des programmes ciblés. Nos possibilités de faire de grandes découvertes sont d’autant plus limitées de ce fait. On n’invente pas l’ampoule électrique en cherchant à améliorer la bougie ! De même, le crédit impôt recherche tel qu’il est conçu actuellement constitue une véritable machine à pomper les crédits en recherche fondamentale.

« Quelle place pour le financement privé, notamment de la recherche ? Comment faire pour que ce genre de financements ne menace pas l’indépendance des universitaires dans la conduite des programmes de recherche et d’enseignement ? »

Il faut faire intervenir l’argent privé, bien entendu, pour subvenir aux besoins grandissants de l’enseignement supérieur. Pour l’instant, les fondations issues de la LRU restent balbutiantes, étant donné l’absence de tradition française solide en matière de mécénat. Il faudrait par ailleurs concevoir les fondations en autonomie : elles ne doivent pas servir de caisse pour compléter  les budgets de l’université mais servir à accumuler et gérer des fonds supplémentaires sur le long terme.

Enfin, le crédit impôt recherche doit être destinés prioritairement aux PME qui sont plus dynamiques au lieu de subventionner indirectement les grands groupes en leur faisant faire des économies en R&D.

« Que préconiser aujourd’hui pour permettre l’excellence de notre université et éviter l’échec des étudiants ? »

C’est un de nos grands chantiers. Je soutiens, et je ne suis pas le seul, la création d’un collège universitaire qui permette des parcours plus diversifiés avec des majeures, des mineures, qui renvoient à plusieurs matières et qui permettent aux étudiants de pouvoir changer de parcours et se spécialiser en conscience. On peut notamment s’inspirer en la matière du modèle québécois, plus comparable au nôtre que le système nord-américain.  On pourrait concevoir ces collèges universitaires comme des sortes de prépas intégrées aux universités. D’une part, cela entraînerait une plus grande homogénéité d’enseignement que ce qui existe en Master, ce qui profiterait  aux étudiants. D’autre part, on pourrait développer mieux les masters et les professionnaliser de manière plus efficace avec le concours d’enseignants-chercheurs spécialistes. Il faut adapter les profils d’enseignants : plus généralistes en premier cycle, plus spécialisés en second cycle. Rappelons d’ailleurs qu’il est important d’adosser l’enseignement à la recherche et qu’il faut éviter de

séparer les deux. Pour éviter l’échec, il faudra résolument concentrer les moyens sur le premier cycle, sur la licence, pour éviter le décrochage. Il n’y a rien de pire que d’accueillir des étudiants dans l’enseignement supérieur sans leur donner les moyens de mener leurs études à bien. C’est rompre la promesse faite aux classes moyennes qui financent massivement l’enseignement supérieur par l’impôt en échange de quoi, ses enfants pourront accéder sans encombre à une éducation de grande qualité.

Pour permettre une insertion professionnelle durable, il faudra former de bons généralistes, armés pour endosser plusieurs emplois au cours de leurs carrières professionnelles, à cause des rythmes de vie très hachurés.

« Quel système de passerelles peut-on envisager dans le cadre de l’éducation tout au long de la vie ? Où en sommes-nous aujourd’hui ? »

Un bon système, une vraie excellence, c’est une pyramide dont la pointe s’appuie sur une base solide. Les universités publiques de Californie proposent un système de passerelle à tous les niveaux,  ce qui permet par exemple de se lancer dans le monde du travail et de revenir ensuite aisément à ses études. En France, on en est loin, on parle parfois à raison de « voie de garage » en évoquant certaines filières, on se retrouve bloqué dans des circuits dont on ne sort plus dès l’entrée dans le supérieur. Pour les travailleurs qui désirent revenir sur les bancs de l’université, le système de Validations des Acquis de l’Expérience (V.A.E.) semble mal fonctionner.

Pour améliorer le système et notamment le rendre plus flexible pour les étudiants, Pécresse a mis de l’argent dans l’université mais celui-ci n’est pas bien employé. Le plan licence notamment n’est pas convenablement conçu : le saupoudrage est très important, les moyens ne sont pas bien concentrés. En sciences, il n’y a pas suffisamment d’étudiants parce que les étudiants bons en sciences vont en école d’ingénieur ou dans les I.U.T. Ainsi, les sciences, dans le cadre du plan licence, ont obtenu tout de même plus d’argent que les lettres où il y a pourtant plus d’étudiants. L’argent donné dans le cadre des facultés de lettre et de droit en licence est utilisé pour le dédoublement des cours de TD. Or, pour renouveler la pédagogie, il faudrait pouvoir arrêter avec la vieille distinction amphithéâtre / TD et adapter dans le cadre d’un collège universitaire l’ensemble des formats pédagogiques. Or ces défauts structurels ne seront pas rattrapables sans grands moyens pour rénover les infrastructures et pouvoir accueillir les étudiants dans de bonnes conditions. Il faut mieux utiliser l’argent supplémentaire, loin de tout objectif quantitatif idiot.

« Que doit-on penser des PRES, par rapport au plan Campus ? »

Au début, j’étais contre les PRES. A l’usage, en discutant avec des collègues et des présidents de PRES, j’ai changé d’avis. Les PRES peut aujourd’hui permettre de tuer dans l’œuf la loi les effets néfastes de la LRU. La formule du PRES étant très vague, de nombreuses choses différentes ont pu se constituer dans ce cadre et préfigurer l’université fédérative, autonome avec la capacité de faire entrerl’argent privé en pouvant le contrôler,

l’argent privé en pouvant le contrôler, fonctionnant avec une gouvernance contrebalancée, qui repose sur la discussion et non pas sur le consensus unilatéral. Le PRES, tel qu’il est défini par la loi, paraît donc être un bon outil parce qu’il semble flexible à la différence des responsabilités élargies dans le cadre de la LRU.

«  Comment les acteurs de l’université, enseignants-chercheurs comme étudiants, peuvent-ils aujourd’hui se rassembler et sur quelles bases ? Que peut faire l’UNEF dans ce cadre pour contribuer à construire l’université de demain et mettre ainsi de facto en défaut le gouvernement ? »

Tout d’abord, il faut mettre en défaut le gouvernement en proposant des choses, et certainement pas en produisant des critiques stériles. Que faut-il proposer ? Cela doit sortir d’une forme de corporatisme étudiant, l’UNEF doit aller au-delà de la figure de l’étudiant pour devenir un acteur global et être en mesure de proposer une contre-réforme très forte de l’université.

La sélection type grandes écoles ou classes préparatoires n’est pas ce qui convient, cependant on ne saurait pratiquer un droit de tirage illimité sur les admissions à l’université. Les inscriptions de complaisance doivent cesser, car elles consomment une partie des moyens de l’université, ce qui nuit aux étudiants. Bien entendu, il faut rejeter les systèmes de contrainte et de « flicage » mais tout de même empêcher certaines dérives et mettre les étudiants en face de leurs responsabilités.

Il faut bien entendu que l’Université reste très largement subventionnée et accessible à tous. Vous ne serez certainement pas d’accord avec moi mais il me semble qu’un petit droit d’inscription modulé en fonction des moyens des étudiants et de leurs familles doit être pratiqué. Il y a par contre quelque chose sur laquelle je sais que nous ne cliverons pas : il faut adapter les bourses miséreuses du CROUS et les faire passer du saupoudrage généralisé à quelque chose qui permette vraiment de vivre. L’idée finale reste de faire payer les riches que ce soit par l’impôt ou par les contributions directes.

« L’UNEF doit ainsi revoir une partie de sa copie et se rassembler avec les universitaires pour empêcher le démantèlement total d’un système universitaire juste tant sur le terrain économique que social ? »

Il faut que l’UNEF discute d’avantage avec les enseignants-chercheurs, ce qui aurait permis d’éviter des erreurs comme le fut celle du traitement syndical de la LRU par l’organisation. Sur ses principes, le syndicat devrait se réinterroger très sérieusement sur la notion d’égalité, l’égalité d’accès aux études et aux moyens de les mener. L’allocation d’autonomie pour tous n’est pas crédible un seul instant. En tous cas, ce n’est pas comme ça qu’on rend les gens égaux. Il est difficile de comprendre comment des jeunes militants puissent être aussi attachés pour des raisons idéologiques à un système de répartition des richesses qui a échoué. L’égalitarisme, c’est le contraire de l’égalité ! L’autonomie est un très beau mot. Une allocation d’autonomie, gardons cette expression, doit donner à chacun selon ses besoins, et pas la même chose pour tous.

Publicités

juillet 2, 2010 at 7:13 Laisser un commentaire

Des universités ancrées dans leur territoire : le constat des Etats Généraux de l’Enseignement Supérieur d’Angers

Organisés à la fin de l’année universitaire à l’UFR Droit d’Angers, il ressort des EGES locaux que le cadre juridique aujourd’hui et pour l’avenir des universités est la LRU. Les universités sont de plus en plus indépendantes notamment du point de vue de la gestion de leur patrimoine.

Dans ce cadre la principale interaction entre l’université et les collectivités se fait par le biais du subventionnement. Cependant, la loi n’autorise pas les collectivités à aller plus loin. Les subventionnements ne sont pas uniquement financiers, il peut y avoir un subventionnement de projets d’investissement par exemple. Toutefois, on observe que la part du subventionnement de l’Etat tend à diminuer sur ces projets, notamment dans le cadre des contrats Etats-région. Ces initiatives sont en conséquence majoritairement financées par les plus petites collectivités comme la région ou la ville. Par exemple, sur le logement étudiant, les collectivités investissent aujourd’hui à hauteur de 60 %, dépassant l’Etat. A coté de cela, on observe une forte tendance des politiques locales à se transformer en politique nationales, notamment avec le plan licence découlant lui-même de plans régionaux. Les collectivités sont donc en mesure de montrer la voie aux politiques nationales pour l’enseignement supérieur.

Il  apparait donc aujourd’hui nécessaire de renforcer les liens universités-collectivités, tant celles-ci auront besoin d’un ancrage territorial pour se développer, notamment dans le cadre de la spécificité de chaque territoire. C’est par exemple l’objet du PRES, cependant celui-ci créé un cadre sans qu’aucun travail n’ait été fait en amont notamment avec la région. Avant de créer un cadre institutionnel il aurait fallu que des projets de coopération aient déjà été lancés entre les différentes universités, en partenariat avec la région.

Dans le cadre de l’autonomie institutionnelle, la LRU autorise les universités à demander le transfert de leurs biens, de l’Etat à elles même. Elles sont sensées être mieux à même de gérer leur patrimoine. Cependant, beaucoup sont frileuse du fait de l’absence de financement de l’Etat en la matière. Dans ce cadre-ci, il serait intéressant pour une université disposant de son patrimoine de le transférer à la région par le biais d’un régime de transfert. Ainsi, la région, qui du point de vue de la loi n’est pas sensée avoir cette compétence, pourra gérer le patrimoine de ses universités.

Enfin, il existe aujourd’hui une inquiétude. Avec la nouvelle réforme des collectivités territoriales,  l’Etat risque de supprimer la clause générale de compétence des collectivités. Le subventionnement deviendrait alors obsolète et il y aurait apparition de friches universitaires. Pour éviter cela il faudrait que la loi prévoie les compétences dévolues aux collectivités.

Ces Etats Généraux ont également permis de dresser  un bilan des besoins des étudiants devant les collectivités, qui pourrait par exemple se matérialiser par la mise en place d’un pacte pour l’autonomie des jeunes par la région Pays de la Loire. La TRS continuera à organiser des Etats Généraux locaux de façon régulière afin de faire de l’UNEF le moteur de l’obtention de nouveaux droits pour les étudiants dans leurs universités, et de trouver la délimitation entre compétence locale et compétence nationale.

Jérémie Michel, rapporter des Etats Généraux de l’Enseignement Supérieur d’Angers

janvier 24, 2010 at 2:17 Laisser un commentaire

Le danger de ces universités qui veulent se transformer en grandes écoles

Il y a quelques jours, l’université Paris Dauphine a organisé un grand raout interne pour fêter l’obtention de l’accréditation EQUIS, censée être le graal des grandes écoles françaises, leur permettant d’être reconnues à l’international. Et de se vanter, malgré l’irruption de plusieurs dizaines de membres du personnel en colère au vu de la dégradation de leurs conditions de travail, d’être la première université à obtenir ce label.

Nous considérons, à la TRS, qu’il y a là matière à nourrir la réflexion de nos Etats Généraux de l’Enseignement Supérieur. Car cette démarche choisie par Dauphine, nuls doutes que d’autres universités, comme Sciences Po ou Assas sur Paris, ou encore les pôles « d’excellence » choisis par Nicolas Sarkozy via le grand emprunt, risquent de vouloir la développer. Et de remettre ainsi définitivement aux oubliettes la notion de cadrage national des diplômes, notion en incompatibilité totale avec des labels décernés par des entreprises privés à chaque université.

Il est donc du devoir de l’UNEF d’interpeller le ministère de l’enseignement supérieur sur cette question des stratégies des universités qui cherchent à se rapprocher du modèle des grandes écoles. D’abord, parce que ces établissements, fortement financés par l’Etat (Dauphine et Sciences Po coûtent bien plus cher que la plupart des universités de Sciences et de Santé), accueillent en premier lieu les classes sociales les plus aisées : leur permettre de se détacher du reste des universités induirait une mise en concurrence qui serait socialement injuste.

Mais, surtout, parce que les différents classements de l’enseignement supérieur et de la recherche publiés dans le monde, du controversé Shanghai à celui plus mesuré du Times, démontre qu’en France ce sont les universités qui sont au final les plus performantes en terme de recherche et de formation. Que les grandes écoles, loin d’avoir un modèle d’avenir, se retrouvent aujourd’hui contraintes d’effectuer des partenariats avec les universités sur leurs territoires pour intégrer leurs pôles de recherche, sous peine de perdre toute visibilité. Car il n’est pas possible de baser le développement de notre modèle national d’enseignement supérieur et de recherche sur le fonctionnement d’écoles n’accueillant que quelques dizaines de milliers d’étudiants !

La TRS se saisira donc de l’occasion des Etats Généraux locaux de l’enseignement supérieur à Dauphine pour poser la question d’un développement de l’université en phase avec les besoins des étudiants et de la recherche, et non avec l’ego de tel mandarin ou tel président d’université. Sans oublier que c’est au gouvernement, in fine, de définir la règle du jeu, et de savoir être cohérent avec ses objectifs de « visibilité » et de « transparence » pour le fonctionnement des universités françaises.

décembre 6, 2009 at 3:22 Laisser un commentaire

Quelle démocratisation pour les étudiants en 2009 ?

Après un petit temps d’absences, la TRS revient avec ses articles pour porter le débat sur l’avenir des étudiants et des jeunes !

Avec aujourd’hui plus de deux millions d’étudiants, la France est l’un des pays européens où l’accès à l’enseignement supérieur est le plus large (17 millions d’étudiants dans l’Europe des 27). Pour autant, cette démocratisation stagne depuis à peu près une dizaine d’année. Pire, les prévisions des années à venir prévoir une stabilisation à la baisse pour les dix ans à venir. Il est donc nécessaire, avant d’appeler à plus de démocratisation, de constater dans les faits ses résultats pour les étudiants.

Ainsi, la TRS considère aujourd’hui que la démocratisation devient de plus en plus ségrégative, à travers un fort cloisonnement social de l’accès aux formations. Les formations les plus prisées, dont les débouchés sont les plus certains, aussi bien des formations courtes types IUT/BTS que des formations plus longues comme médecine/pharmacie sont en général choisies par des étudiants dont le capital social et culturel est assez élevé. Dont les parents ont déjà effectué des études. A contrario, dans les formations de sciences sociales et humaines, on retrouvera des étudiants issus de milieux moins aisés, et souvent contraints de se salarier durant l’année.

On pourrait considérer néanmoins que la massification (à ne pas confondre avec démocratisation !) des études dans les années 70-80, n’a fait que déplacer des inégalités qui existaient déjà, et que la démocratisation de l’enseignement supérieur prendra du temps. Est-ce vraiment certain ? Il y a aujourd’hui un pourcentage plus faible d’enfants issus de milieux modestes dans les grandes écoles que dans les années 60. Cela signifie donc que la démocratisation aurait d’abord profité aux milieux les mieux éduqués et les plus riches pour les formations les plus « prestigieuses ».

Les formations les plus professionnalisantes, a priori destinées aux étudiants ayant le capital social et culturel le plus faible, se sont trouvées prises d’assaut par les étudiants les plus aisés et formés à l’entrée de l’université, dans un contexte de chômage croissant. « Piégés » dans des formations qui ne leur était pas destinées, nombre des étudiants présent dans les formations généralistes n’iront pas jusqu’au bout de leurs études. Si 80 % d’une classe d’âge à le bac, seulement 40 % est diplômés du supérieur.

Beaucoup se voient en effet contraints de quitter l’université sans diplômes (100 000 chaque année), faute d’avoir pu effectuer la formation qui leur correspondait, ou d’avoir disposé du soutien nécessaire. Le cas de Jean Sarkozy, contraint d’abandonner ses études de droit après quatre ans d’études sans avoir validé de licence, pour entrer sur le marché du travail exercer un emploi sans rapport avec ses qualifications, est une sonnette d’alarme pour le milieu universitaire. Si l’on n’apporte pas de réponses à ces étudiants déclassés de fait, la démocratisation de l’enseignement supérieur ne restera qu’un vain mot !

novembre 10, 2009 at 1:52 Laisser un commentaire

Quelles perspectives pour l’UNEF pour la rentrée après un semestre de contestation ?

Depuis la victoire contre le CPE qui aura donné à notre syndicat une importante visibilité médiatique ainsi qu’une forte crédibilité en le plaçant comme interlocuteur privilégié de l’ensemble de la communauté universitaire et du gouvernement, on ne peut que constater que l’UNEF connait aujourd’hui le creux de la vague et a besoin de se réimplanter.

Preuve en est, notre organisation n’a pas su être en première ligne du mouvement social du second semestre dernier. En effet, entre difficultés à tenir un mot d’ordre national avec des revendications cohérentes – entre abrogation, réécriture de la loi dite LRU et négociation avec le gouvernement, on ne savait plus sur quel pied danser ! – et impossibilité d’être en tête de cortège au niveau local où les mots d’ordre de grève étaient la plupart du temps aussi diffus que différents les uns des autres et souvent initiés par des groupes assumant l’abrogation de la loi dite LRU comme une fin en soi sans proposer d’alternative – « d’abord on fait reculer le gouvernement, ensuite on commencera à réfléchir à ce que l’on veut » : qui n’a pas entendu au moins une fois prononcer ces mots ?-, l’UNEF aura eu du mal a trouver sa place. Pour mobiliser et mener les étudiants vers de futures victoires, il faut leur permettre de se fonder sur des faits concrets et ne pas se contenter de leur raconter des contes de fées ! Cela ne sera possible qu’à l’initiative de notre syndicat.

Il est donc nécessaire pour l’UNEF de reprendre en main le mouvement étudiant, pas uniquement pour assurer bonne santé et pérennité à notre organisation mais surtout parce que nous savons par expérience que nous sommes les seuls capables de conquérir de nouveaux droits pour les étudiants et de limiter la casse sociale initiée par le gouvernement.

La fin de la mobilisation ne se sera pourtant pas traduite par une défaite cuisante. En effet, même si le gouvernement est resté sourd à la plupart des revendications (rien sur la LRU et encore moins sur le réengagement de l’Etat pourtant promis), quelques concessions ont été obtenues. Sans oublier le manque de débouchés de ce mouvement de grève, l’UNEF doit s’en féliciter.

Par exemple, l’obtention d’un dixième mois de bourses destiné à compenser le décalage des dates d’examens aura été une avancée sociale significative pour les étudiants. Il ne faut cependant pas s’en contenter tant que la certitude que celui-ci sera généralisé ne sera pas obtenue. L’UNEF ne doit pas faire preuve de triomphalisme : le fait d’avoir transformé le droit légitime des étudiants de passer leurs partiels dans le calme en victoire syndicale tenait en effet plus de la stratégie de communication que de la stratégie syndicale. C’est donc cette stratégie qu’il faudra élaborer dans les semaines qui viennent puisque sans projet ni ligne syndicale, l’UNEF ne pourra pas recouvrer la crédibilité qui lui a tant fait défaut depuis l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy.

Notre action à la rentrée ne doit donc pas être seulement d’organiser les chaînes d’inscription – étape par ailleurs indispensable à la visibilité et au renouvellement des membres de l’UNEF puisque c’est à cette occasion que les étudiants découvrent pour la première fois la présence et les possibilités d’actions du syndicat – mais elle devra aussi donner lieu à de nouvelles perspectives aux étudiants pour l’année 2009/2010 en vue de proposer un projet alternatif crédible. Pousser le gouvernement à faire de réelles concessions plutôt que de nous abandonner quelques rogatons de progrès social, voilà quel doit-être notre principal objectif. Sans avoir la prétention de définir dès maintenant un Enseignement Supérieur dit « idéal », il nous faut mener un important travail de réflexion pour préparer l’après LRU. Un certain nombre de questions devront alors être tranchées. Par exemple celle de l’avenir de la carte universitaire et donc du rôle des universités sur le territoire, avec pour toile de fond des revendications locales et nationales pour les élections régionales. Mais, également, la place des universités dans le fameux « emprunt Sarkozy », qui, s’il doit être dénoncé, ne nous empêche pas pour autant de s’en saisir pour mettre en avant NOS projets pour l’enseignement supérieur. Projets qui ont déjà pris formes par le passé, à travers la mise en place des CROUS, ou la construction de la mutuelle des étudiants, dont le modèle, inspiré par l’unef, demeure unique en Europe.

La violence de la crise économique et la dureté des attaques du gouvernement ne doivent en aucun cas faire barrage à l’UNEF dans sa mission principale d’organisation au service des étudiants : un réformisme offensif qui permettra l’accès de tous à un statut social et aux meilleures conditions d’études.

Alexandre C.

juillet 22, 2009 at 12:35 Laisser un commentaire

Pour un projet d’ampleur pour les jeunes et les étudiants !

Lors du congrès de Versaille, sa suffisance Nicolas Sarkozy, président absolu de notre beau pays, a annoncé que, pour pallier aux temps de crise, et relancer une économie bien en difficulté, qu’il organiserait un emprunt national. Se gardant bien d’en préciser les modalités et les contours, il s’en est ensuite allés, laissant la cour des députés UMP débattre de cette proposition.

Bon. Cette idée d’emprunt national, à laquelle notre président était vigoureusement opposée il y a encore peu de temps, ne manque pas de sel. Plutôt que de proposer une augmentation des impôts, bref, de la redistribution des richesses, dont le bouclier fiscal a bien mis à mal les finances publiques, le choix est fait d’un emprunt. Un emprunt qui devra donc se faire à taux élevé, un taux qui profitera donc à ceux qui peuvent aujourd’hui épargner, aux plus riches. Mais qui sera, dans dix, vingt, trente ans, remboursé par l’ensemble de la population.  La méthode confirme donc la politique du gouvernement : donner toujours plus aux plus riches, en faisant payer la facture à l’ensemble de la société.

Maintenant, nous pouvons avoir deux positions, en tant que syndicalistes étudiants, face à cet emprunt. Considérer que, s’agissant d’un moyen de faire payer les dépenses de l’Etat sur les épaules des classes moyennes, en faisant des cadeaux aux plus riches, il faut tout faire pour condamner cet emprunt national.

Ou alors, puisqu’au final, la facture sera payée par tous les contribuables, et que ces contribuables de demain sont les jeunes d’aujourd’hui, saisir la balle au bond. S’appuyer sur l’absence de projets clairs et définis pour mettre en avant les idées que nous défendons, pour les jeunes et pour les étudiants. Car, devons-nous choisir d’abandonner cet emprunt aux seuls lobbys industriels qui ne manqueront pas de déposer leurs projets, ou alors nous investir pour défendre l’université et les étudiants ?

D’aucuns diront que ce n’est pas à l’UNEF de proposer des projets « clés en main » au gouvernement. Que notre rôle est de défendre notre vision de l’enseignement supérieur, et de pousser notre « rapport de force » pour que les réformes aillent dans ce sens. Nous, à la TRS, nous sommes d’un autre avis. Nous, à la TRS, nous n’avons pas oublié que les droits les plus importants que nous avons gagné pour les étudiants, nous les avons obtenus en proposant nos projets au gouvernement.

Qu’il s’agisse de la création des oeuvres sociales universitaires dans les années d’après guerre, ou de la sécurité sociale étudiante, ces grands projets sont nés de propositions de l’UNEF. Certaines de ces structures, comme la LMDE, sont d’ailleurs aujourd’hui gérées par les étudiants, fait unique dans le monde.

L’UNEF et les organisations étudiantes progressistes se doivent de se saisir de l’opportunité de cet « emprunt sur projets » pour lancer des idées de grands projets nationaux qui permettraient d’améliorer la situation des étudiants et des jeunes, premiers à souffrir de la crise. La création d’une agence nationale de la mobilité, qui garantirait la possibilité pour tous les jeunes d’êtres mobiles sur tout le territoire pour leurs études et leurs emplois, via la gestion d’aides et de logements, est un exemple du genre de projets qui pourrait, tout en aidant les étudiants, favoriser le retour à l’emploi et la prolongation d’études, premières conditions de la sortie de crise pour notre pays.

Guillaume S.

juillet 7, 2009 at 3:26 Laisser un commentaire

Cogérer ou mobiliser ?

Ami étudiant, camarade syndicaliste,

Si tu as eu l’occasion ces derniers temps de suivre les rocambolesques aventures de la commission Hirsch, où l’ensemble des organisations étudiantes et de jeunesses jugées représentatives étaient conviées (donc un peu tout et n’importe quoi) à des discussions dans un cadre convivial et avec des petits lus à volonté, tu dois te poser la question de l’intérêt de ces démarches, après avoir lu les quelques propositions évoquées dans notre presse nationale :

– Extension du RSA, cet outil qui permet de maintenir les employés non qualifiés dans la précarité, aux travailleurs de moins de 25 ans

– Prime de 3000 € pour les entreprises embauchant des stagiaires

– Et, « last but not the least », un fameux « capital » offert aux jeunes pour commencer leur vie d’adulte, et bien évidemment remboursable (car la vraie vie, c’est la précarité !)

Au final, ces propositions, et bien d’autres qui seront évoquées dans le fameux « livre vert » pour la jeunesse, sont loin de répondre aux attentes des membres de la commission, surtout pour l’UNEF. Est-ce à dire qu’y participer ne servirait à rien, et qu’il faudrait laisser les petits lus et salons sympas à l’UNI et consorts ?

La question de la cogestion se pose difficilement pour l’UNEF : à moins de renoncer à siéger dans les instances nationales représentatives étudiantes, le syndicat étudiant restera toujours le premier interlocuteur du gouvernement, et devra jouer ce rôle. Néanmoins, il ne faut pas aller dans la position inverse et considérer que le rôle du syndicat est d’accepter tout et n’importe quoi au nom de la compromission, comme peut le faire la confédération étudiante.

Même si les résultats de la commission Hirsch sont décevants, il n’en reste pas moins que l’UNEF aura été en mesure de défendre son projet d’aide sociale, et de le rendre crédible devant de nombreuses autres organisations de jeunesse. La réponse que notre syndicat pourra apporter à ces propositions inutiles, voir dangereuses pour les jeunes, n’en sera que plus légitime, et n’en aura que plus de voix.

Participer au dialogue sociale, ce n’est pas valider la démarche du gouvernement. C’est la remettre en question en la CONTESTANT. C’est donner de nouvelles perspectives en PROPOSANT. Et, quand rien n’aboutit, c’est se prévaloir de cette démarche réformiste et responsable pour MOBILISER qui nous permet de gagner des droits pour les étudiants.

TRS.

juin 29, 2009 at 9:04 Laisser un commentaire


Calendrier

octobre 2017
L M M J V S D
« Juil    
 1
2345678
9101112131415
16171819202122
23242526272829
3031  

Nuage de mots-clés

octobre 2017
L M M J V S D
« Juil    
 1
2345678
9101112131415
16171819202122
23242526272829
3031